Au Québec, la voix de David Goudreault résonne souvent pour porter celles que l’on n’entend plus assez. Ce slam hommage aux aînés, d’une justesse désarmante, nous rappelle l’importance de la bientraitance et du regard que nous portons sur nos bâtisseurs. Chez l’ACROQ, ce texte nous touche droit au cœur, car il illustre l’essence même de notre combat quotidien : le respect des personnes âgées et leur place fondamentale dans notre société.
Pourquoi ce poème dédié aux personnes âgées est‑il essentiel?
La littérature a le pouvoir de briser l’isolement. Ce poème pour aînés de David Goudreault n’est pas qu’une simple suite de mots; c’est un plaidoyer pour la valorisation des aînés qui vivent parfois dans l’ombre, notamment en résidence privée pour aînés (RPA). En mettant en lumière la réalité du vieillissement avec une telle sensibilité, l’auteur suscite une réflexion collective sur la manière dont nous traitons ceux qui nous ont précédés.
Voici l’intégralité de ce texte poignant, tel qu’il a été offert par l’auteur.
Lettre d’amour aux aînés
Un cadeau de David Goudreault, romancier, poète et travailleur social
Qu’on vous appelle nos aînés, les vieux
Ou plus plus probablement
Qu’on vous appelle… pas souvent
Cette lettre d’amour est pour vous
Qui êtes aujourd’hui ce que demain nous serons
Qui étiez hier, ce que nous sommes…
La vieillesse est un automne
Les feuilles, comme les amis et l’avenir, tombent au sol
Et révèle la structure de l’arbre, le cœur de l’être
Si les jeunes ont toute la vie devant, les aînés ont toute leur vie en dedans
L’humilité aussi, ils ne gueulent pas leur sagesse, n’imposent pas leur savoir
Même après avoir vécu, survécu aux crises économiques, crises d’Octobre
Crises d’Oka, crises du Verglas, crisse de Covid, etc.
Ils demeurent discrets, elles demeurent modestes
Ils nous regardent nous épivarder avec nos vieilles idées
Et nos conneries modernes
Ils savent bien qu’on fait ce qu’on peut
Peut‑être qu’ils ne feraient pas mieux, on leur en reproche déjà beaucoup
Faites de la place, colonisateurs, Ok boomer, et autres formes d’âgisme de bon ton
A posteriori, trop facile de condamner; « Nous ne ferons plus les erreurs du passé! »
Évidemment, vu qu’on a les deux pieds dans les erreurs du présent
Demain, c’est loin, mais pas tant
L’isolement, la fraude et la maltraitance nous pendent au coin des rides
Quand nos calendriers se remplissent, nos existences se vident
Le regard quitte les yeux, du crâne coule le visage
Le visage perd la face, déjà vieux
Le monde se coupe, d’autre monde s’occupe de nous
Nous consulte de moins en moins sur nous‑mêmes
Même, nous devenons socialement exceptables
Alors ils se tassent, les vieux, se laissent entasser sans faire de bruit
Ils ne veulent pas causer de problèmes
Si jeunesse savait ce que vieillesse pourrait
De l’intelligence relationnelle, des histoires, un rythme plus humain
De la mémoire vive et vivante pour nos logiciels et notre logique souvent défaillantes
Moi, je les trouve faciles à aimer, les aînés
Va pas croire que tu m’insultes si t’insinues que j’ai un public de vieilles matantes
Sont drôles et brillantes, t’sé, tes matantes
Mais sais‑tu que dans mes fans, y’a aussi ta petite cousine et ta femme?
De toute façon, le temps ne fait rien à l’affaire, y’a des ados vieux cons
De jeunes génies en marchette et des gamins grabataires
Alors amenez‑en des Francine Ruel, des Jeannette Bertrand
Des Michel Tremblay, des Joséphine Bacon et des Gilles Vigneault
Il en manque plein nos écrans
Que votre parole ne se perde pas dans l’écho des pensées creuses
Vous êtes loin d’être cons, loin d’être des colons
Vous êtes les colonnes d’un temple qui abrite encore
Quelque chose comme un grand peuple
On ne se comptera pas de menteries, vieillir comporte son lot de désagrément
Et de désagrègement
Mais entre les os qui se fragilisent, entre la vue et l’espérance de vie qui baisse
Il reste les bons moments, l’amour vécu, les enfants
Les luttes gagnées, et celles à mener
La richesse est dans le cœur, mais la fortune est dans la tête
Par les liens, les valeurs partagées, l’histoire que l’on porte
Et tout ce qui nous porte à vivre; le jour est jeune, encore
Quand l’esprit veille, l’âge dort…
La portée sociale de cet hommage aux aînés au Québec
Ce texte poétique sur la vieillesse souligne des enjeux majeurs auxquels l’ACROQ fait face chaque jour. Il nous rappelle que derrière chaque porte de résidence se trouve une « colonne du temple », une mémoire vive à protéger. David Goudreault dénonce l’âgisme avec une verve nécessaire, pointant du doigt l’isolement et le manque de consultation dont souffrent trop souvent nos aînés.
Les thèmes clés abordés dans cette lettre d’amour aux aînés
- L’importance de l’intelligence relationnelle et de la sagesse acquise.
- La lutte contre l’âgisme et les préjugés générationnels.
- Le besoin de présence et d’écoute au‑delà des soins de base.
- La richesse historique que portent les personnes âgées du Québec.
Ensemble pour la valorisation et le respect des personnes âgées
La lecture de cette lettre d’amour aux aînés devrait être le point de départ d’une nouvelle solidarité. Que vous soyez un proche aidant, un membre d’un comité de milieu de vie (CMV) ou un résident, sachez que vos droits et votre dignité sont notre priorité. La beauté du texte de Goudreault réside dans sa capacité à nous montrer que « quand l’esprit veille, l’âge dort ».
Vous souhaitez vous impliquer pour assurer un environnement bienveillant au sein de nos RPA?
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